« Nous invitons les médecins à nous signaler toute dérive sectaire »

Hervé Machi,
secrétaire général de la Miviludes
(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires).
La santé est-elle un motif important de dérives sectaires ?
Tout à fait. Elle représente près de 25 % de l’ensemble des signalements qui nous sont adressés. Le phénomène a connu une recrudescence depuis les années 2000, avec le développement d’Internet. Les malades atteints de cancer sont les victimes le plus souvent visées ; mais les mouvements sectaires ciblent aussi les parents en difficulté avec leurs enfants : autisme, hyperactivité, retard ou inadaptation à l’école…
En juin 2010, nous avons diffusé une campagne d’affichage, dans les services hospitaliers, destinée à alerter les malades du cancer. Les médecins libéraux peuvent se procurer cette affiche auprès de l’Inca (www.e-cancer.fr).
En quoi consiste votre partenariat avec l’Ordre des médecins ?
Le Dr Patrick Romestaing, président de la section Santé publique et Démographie médicale, est notre référent. Il assiste à nos réunions depuis plusieurs années et participe à nos travaux. Nous préparons actuellement un guide pour les praticiens de santé, qui sera prêt début 2012. L’Ordre a nommé des référents « dérives sectaires » dans tous les conseils départementaux. Le 21 septembre dernier, nous avons eu une réunion très instructive avec ces référents.
Depuis, la Miviludes reçoit une dizaine de signalements quotidiens provenant de conseils départementaux : preuve qu’il existe un réel besoin sur le terrain…
Que doit faire un médecin qui soupçonne une dérive sectaire ?
Le mieux est qu’il alerte, avec le concours de son conseil départemental, trois institutions : l’ARS, le procureur de la République du tribunal de grande instance et la Miviludes.
Nous invitons les médecins à nous informer de toute situation suspecte, par courrier postal ou par mail (1). Tout signalement est étudié par notre pôle santé ; nous répondons aux questions et nous apportons des conseils. La Miviludes n’a pas de pouvoir d’enquête, mais elle coordonne les actions de prévention et de répression entre police, justice, Education Nationale, monde médical…
Elle peut appuyer les signalements auprès de la justice et faire avancer les dossiers plus facilement.
1. Mail : miviludes@miviludes.pm.gouv.fr – Adresse postale : Miviludes – 13 rue Vaneau – 75007 Paris
Pour en savoir plus sur la Miviludes http://www.miviludes.gouv.fr/
Un dossier sera consacré aux dérives sectaires dans la santé dans le Bulletin de l’Ordre des médecins de janvier-février 2012.