Ventes de médicaments sur internet
L'inquiétante floraison des pharmacies virtuelles
Source : Le Quotidien du Pharmacien du : 08/10/2007
Un rapport particulièrement alarmant sur le sérieux et la sécurité des pharmacies virtuelles britanniques pousse les autorités pharmaceutiques de ce pays à durcir leur réglementation dans ce domaine. Mais cette étude révèle aussi que d'autres pays européens, dont la France et l'Allemagne, abritent des pharmacies virtuelles on ne peut plus douteuses.
La société californienne MarkMonitor est spécialisée dans la lutte contre les « détournements de marques » et autres atteintes à la propriété intellectuelle et commerciale sur Internet. Habilitée à engager des poursuites contre les sites illégaux et à les faire fermer à la demande des entreprises victimes de tels détournements, elle publie régulièrement des rapports sur les grandes arnaques du Net, à l'image du phishing*, par exemple. Elle s'est intéressé cet été aux pharmacies en ligne, et ses conclusions sont plus qu'inquiétantes.
MarkMonitor a recherché l'origine des millions de spams qui, quotidiennement, envahissent les boîtes mail des internautes de la planète, en leur vantant les mérites d'un certain nombre de médicaments, dont des antidépresseurs et des anticholestérolémiants connus, ainsi que les leaders des produits « style de vie ». Elle a ainsi identifié plus de 3 100 pharmacies virtuelles, dont seulement quatre répondent à tous les critères d'accréditation permettant, théorique ment, de se livrer à la vente de médicaments par Internet. Elle a également trouvé des liens menant vers 400 grossistes et pharmacies s'achetant et se vendant mutuellement des médicaments par ce canal.
Bien évidemment, les pharmacies virtuelles reconnues, qui ne se livrent pas à de telles publicités ni pratiques, ne sont pas concernées par cette étude, ce qui explique la proportion énorme de pharmacies sans aucun label de qualité ni accréditation.
Si 59 % des 3 100 pharmacies recensées (sites physiques) sont situées aux Etats-Unis, 16 % exercent depuis le Royaume-Uni, 8 % en France, 6 % sont au Canada, et 2 % en Allemagne. Leurs sites Internet, eux, peuvent être hébergés ou relayés dans d'autres pays, dont très souvent la Russie, la Chine et l'Inde.
Dans son étude, MarkMonitor s'est aperçu que 50 % des 3 100 pharmacies recensées ne disposaient d'aucune protection des données administratives, financières et médicales de leurs clients, alors qu'elles reçoivent en moyenne 32 000 visiteurs par jour.
Pire encore, une pharmacie sur 10 affirme que les médicaments qu'elle propose peuvent tous être commandés sans ordonnance, et un grand nombre imite plus ou moins grossièrement sur leur site des labels ou des certificats de qualité.
Les prix des médicaments vendus par ces pharmacies sont jusqu'à 75 % inférieurs à ceux du marché officiel : un indice irréfutable, selon MarkMonitor, du caractère douteux des produits proposés, d'autant plus qu'on trouve aussi des médicaments à l'unité ou dans des conditionnements inédits dans le commerce. Au-delà des arnaques et du danger potentiel pour les patients – une Canadienne est morte cet été après avoir ingéré des médicaments achetés sur un site de ce type – MarkMonitor constate que le risque de voir certains médicaments falsifiés, périmés ou avariés entrer dans la chaîne normale des ventes de médicaments ne peut plus être totalement exclu.
Enfin, sur le plan financier, ces pratiques entrainent bien évidemment des pertes estimées à plusieurs milliards pour les industriels qui produisent ces médicaments, mais aussi pour les distributeurs légaux de ces produits.
Le rapport de MarkMonitor a provoqué une vive émotion au Royaume-Uni, et amené les autorités pharmaceutiques britanniques à renforcer leur surveillance sur les pharmacies virtuelles. Dans ce pays, les pharmacies virtuelles devront, dès l'an prochain, être obligatoirement rattachées à une pharmacie réelle, et faire l'objet d'une accréditation de la Société royale de pharmacie, la plus haute autorité professionnelle d'Outre-Manche.
En France, l'Académie nationale de pharmacie travaille actuellement à la rédaction d'un rapport sur la vente des médicaments non soumis à prescription sur Internet. Ce document devrait être remis aux autorités sanitaires avant la fin de l'année.
DENIS DURAND DE BOUSINGEN
* Le phishing, ou hameçonnage, est une technique utilisée par des fraudeurs pour obtenir des renseignements personnels afin de perpétrer une usurpation d'identité.