Décès de Bernard Glorion
le Conseil de l’Ordre perd l’un de ses plus grands réformateurs
Publié le 17/08/2007 sur jim.fr
« Tout ce qui touche à la société et à ses évolutions l’intéresse et le pousse à l’action. L’aléa thérapeutique, le dossier médical, l’informatique, le dopage, la responsabilité médicale, le secret professionnel, les droits du malade, les soins palliatifs… nous sommes presque d’accord sur tout. Je garde pour la fin la réforme, la rénovation, la modernisation du Conseil de l’Ordre, auxquelles il a consacré son mandat ». Tel est l’hommage que rendait en juin 2001 le ministre délégué à la Santé, Bernard Kouchner, dans le dernier bulletin du Conseil de l’Ordre qui parut sous la présidence de Bernard Glorion.
Le professeur de chirurgie pédiatrique, qui souffrait d’une forme sévère de la maladie de Parkinson, et qui est mort ce vendredi 10 août à Paris à l’âge de 78 ans, restera dans les mémoires comme le grand réformateur du Conseil de l’Ordre. Avant d’accéder à la tête de l’institution ordinale en 1993, l’homme s’était pourtant illustré en dirigeant le département de chirurgie de l’hôpital pédiatrique Gatien-de-Clocheville. Dans le cadre de ses activités, il avait notamment pu développer des traitements innovants de la scoliose et avait contribué à l’amélioration de la prise en charge des enfants atteints de myopathie.
Devoir de mémoire et modernité
Si son action au sein du Conseil de l’Ordre devrait cependant demeurer comme l’une des plus importantes missions de sa vie, c’est en raison de la nouvelle aura qu’il a su apporter à cette institution si décriée, notamment parce qu’elle a été créée en 1940 par le gouvernement Pétain. Conscient que cette genèse sulfureuse représenterait toujours un obstacle dans la quête de légitimité de l’Ordre, l’une des actions les plus fortes de Bernard Glorion fut d’inviter les praticiens à « un devoir de mémoire et à une exigence de vérité historique » à propos de Vichy. Ce désir de justice qui transparaissait derrière ce geste si symbolique se révéla également à travers l’amélioration qu’il porta aux instances disciplinaires de l’Ordre, afin d’obtenir plus de transparence et d’impartialité dans les décisions de l’institution.
Dans cette perspective, il fut l’artisan d’une véritable révolution en rendant publics les débats de toutes les instances disciplinaires, tant au niveau national que régional. La modernité de cet homme qui avait pourtant été le fils d’un très sage conseiller ordinal et l’élève du professeur Lortat-Jacob, un président de l’Ordre peu conservateur, s’illustra également lorsqu’il défendit que le paiement à l’acte ne représentait nullement la seule garantie possible de l’indépendance des médecins. On retiendra également, à l’instar de Bernard Kouchner, en juin 2001 qu’il fut l’instigateur d’une disposition qui permet « au préfet d’intervenir en urgence pour suspendre un médecin dangereux en attendant l’intervention de l’Ordre ».
Humaniste
La disparition de Bernard Glorion est celle d’un « grand humaniste » comme le souligne dans son communiqué ce 16 août le ministère de la Santé. Cette « humanisme » s’était notamment illustré à travers son engagement dans l’association Frère des hommes ainsi que ses prises de position sur la question des soins palliatifs et de l’accompagnement de la fin de vie. Si ce catholique fervent était défavorable à une législation plus permissive, il estimait cependant qu’une prohibition de l’euthanasie active n’interdisait en rien les médecins de multiplier les soins afin d’adoucir la fin de vie, voire d’interrompre tout acharnement thérapeutique inutile.